Voici le premier chapitre d'une nouvelle en plusieurs chapitres que j'ai commencé à ecrire en Mars 2010
Ma mort, mon chef d’œuvre.
Je me regarde une fois de plus dans le miroir, me recoiffe une fois de plus, et je suis une fois de plus la personne qui doit être la plus proche de Dieu. Le sol est rouge et glissant, je m’écrase et ferme les yeux. Tiens, me voilà enfant, encore habillée par mes parents alors hors des considérations de la beauté, ou du moins tel que je la conçois. Là c’est moi adolescente, mes premières expériences, mes premières déceptions, sans doute aussi le moment où je me suis construite tel que je me présente devant vous aujourd’hui.
Là par contre je ne saurais vous dire qui est ce vieil homme à barbe blanche, habillé d’une toge blanche comme neige…
« Bonjour Eléanore, je m’attendais à te recevoir si tôt. »
« Qui êtes vous ? Vous me rappelez des statues que j’ai vues il y a une dizaine d’années à Rome, notamment dans une Immense Basilique au Vatican, dont le nom m’échappe. »
« Je suis le gardien des clés de la Jérusalem Céleste, et je suis là pour t’accueillir en son sein »
« C’est donc vous Saint Pierre, dit Eléanore en le toisant de la tête aux pieds, Je suppose donc que je suis morte ? Mais pourquoi ne pas m’envoyer plutôt en Enfer ? Avec le peu d’intérêt que je vous ai accordé tout au long de ma vie ce serait somme toute assez logique. »
« Ma foi ce serait probable si tes parents avait choisis pour toi une autre religion à ta naissance, Allah t-y aurais envoyé pour sur avec tes mœurs, ceci est moins sûr pour Jahvé, il est plus indulgent envers ses protégés de par leur nombre restreint. Mais ce n’est pas pour parler de ça que tu es ici, mais plutôt de ta vie, de tes actes passés.»
Il fit une pause pendant quelques instants et m’invita à entrer par la porte qui se trouvait juste derrière lui. Je le suivi et m’assis sur le côté du confessionnal au milieu de la pièce. Lui allât a l’intérieur et s’y enferma. Il commença alors à repasser en revue mes actes par lesquels j’étais selon Lui pécheresse. Malheureusement pour moi la liste était longue, et il ne m’épargna aucun détail, au fur et à mesure je me sentis de plus en plus nue en l’écoutant. Ma première fois à 17 ans, mon premier meurtre, mais ce sur quoi il s’attarda le plus fut sans aucun doute mes derniers instants, mon dernier meurtre, ma dernière œuvre d’art…
On est samedi soir, en plein mois de Novembre à Paris, je descends les escaliers de mon immeuble, afin de me rendre à mon rendez-vous avec ma future victime, rencontrée quelques jours auparavant lors d’une soirée dans le 8ème. Je prends ma voiture, une Aston, noire graphite, avec des jantes noires, une merveille que je ne me lasserais jamais de conduire. Lorsque le moteur s’alluma et vrombit, je frémis une fois encore, et partis vers le restaurant où ma victime m’attendait sagement. Le diner fût intéressant, nous parlâmes de choses toutes plus inintéressantes les une que les autres, mais la personnalité de ma victime en faisait une personne de plus en plus fantastique pour ma collection. Il se disait être un artiste, un performeur, amoureux des artistes abstraits, non conventionnels, il semblait aimer la beauté en tant que tel, près à donner n’importe quoi pour faire partit d’une perfection, d’une œuvre d’art. Il menait une vie hédoniste, mais se disait pourtant croyant et pratiquant. J’adore ce genre de personnalité, complexe, permettant une œuvre complexe en accord avec son sujet, peut être est-ce ceci qui mena au chef d’œuvre, allez savoir...
Nous continuâmes la soirée chez lui, un hôtel particulier Rue du Faubourg St-Honoré. Après un dernier verre de vin, je finis par m’offrir à lui, comme lui s’offrit à moi. Nos corps s’entremêlèrent, nos chaleurs s’amplifiaient, se conjuguaient, ce fût sans doute la seule fois qu’une de mes victimes m’offrait une petite mort. Nos apothéoses furent simultanées, d’une beauté rare et sans nom, les miroirs disposés sur les murs et le plafond de la pièce ne firent que rendre ceci plus amusant, mais magnifièrent l’œuvre que j’ai créé par la suite…
Quelques minutes après, mon amant d’un soir été endormi dans le lit, paisible, un sourire de satisfaction sur les lèvres, inconscient de la fin du temps, la fin de son temps. Je me levais tranquillement du lit, et me dirigeai vers mon sac où mes pinceaux attendaient bien sagement leur entrée en scène. Sans bruit j’attachai mon hôte à son lit, et mis alors ma tenue d’artiste. Ce soir, j’avais choisi une robe Chanel, noire et blanche, dos nu, courte et ample, permettant une totale liberté de mouvement, je pensai à ce moment à remercier Karl pour de telles coupes. Puis je mis mon collier et ouvris l’écrin où l’on pouvait admirer une veuve noire, peinte grâce à ma première victime, avant d’allumer ma mini chaine, laissant s’échapper la musique douce et apaisante de 3 Rue Monplaisir. Je sorti le scalpel de mon sac, et mon œuvre naquit alors que je découpais le buste de l’être endormis face a moi. Il se réveilla, mais ne pût dire un seul mot, son cœur s’était déjà arrêté. Alors que j’arrivé à son bas ventre je stoppais mon scalpel, et pris mes pinceaux. Cette fois ci, ma peinture était rouge foncé, un rouge tel que je les aime, mais ne coagulant pas trop vite afin de permettre des coulées. Je trempais mon premier pinceau, et peint alors la pièce, les miroirs amenant une nouvelle dimension à mon œuvre. Les croix se reflétaient les une dans les autres, j’entrais en transe et peint également le lit à l’aide de coulées de pinceaux, passant en zigzag au dessus de mon œuvre humaine, la magnifiant.
Lorsque ma peinture fût terminée, je me mis à choisir le bon positionnement pour la photo que prendront les enquêteurs dans quelques heures et choisis de placer la croix en face du lit, du centre de mon œuvre, je laissais ma lettre habituelle, demandant que la photo soit exposée à la Galerie d’art que tenais Vice à Paris, et alors que je rangeais mes affaires, je me rendis compte que cette œuvre était une perfection, la perfection de mon art si singulier. Je restais de longues minutes à la contempler, quelques minutes de trop sans doute selon la suite des évènements.
J’étais devant la porte, prête à partir, lorsque la porte s’ouvrit, et qu’un coup de feu partis derrière moi. Je sentis la balle me pénétrer, Je me regarde une fois de plus dans le miroir, me recoiffe une fois de plus, et je suis une fois de plus la personne qui doit être la plus proche de Dieu. Je marche vers le lit, et me pose à ses pieds, au milieu. Finalement cette œuvre sera bien mon chef d’œuvre, perfection de la mort. Les gens on peur de la mort, certains la considèrent comme un mal, d’autres comme un bien, moi je considère une mort comme une œuvre d’art dont je serais une artiste, et ma mort sera le chef d’œuvre de la Mort, comme ma vie fût le chef d’œuvre de la Vie.
Ayant fini le récit de mes péchés, Saint Pierre me demande alors :
« Pourquoi tant de morts, de meurtres… »
« D’œuvres d’art ? » le coupais-je.
« Répond à ma question s’il te plait. Pourquoi tant de meurtres, d’œuvres si tu préfères, alors que tu avais tout ce dont tu pouvais rêver ? Et pourquoi y mettre une dimension artistique ? »
« Vous devriez le savoir, vous qui êtes omniscient. Vous êtes peut êtres plus ignorants que vous voulez bien le paraître Mais je vais vous le dire, car ce fût ce qui déclencha mon génie, mon art, et j’aime à me remémorer cet instant. »
[La femme de ma victime était rentrée plus tôt que prévu, et allait dormir lorsqu’elle entendit mon pas dans la chambre. Elle avait alors pris le pistolet situé sur le bureau, et alla vérifier dans la chambre qui y était. En me trouvant, elle tira d’instinct, me tuant en quelques secondes. Puis elle regarda dans la pièce, et fondit en larme en voyant son mari, mort et son sang recouvrant les miroirs et le lit. Il eu une belle mort selon moi, trop tôt selon elle, elle était enceinte de trois mois. Elle appela la Police au bout d’une heure à pleurer sans pour autant toucher à mon œuvre. Lorsque la Police arriva, je vis qu’ils furent à la fois ébahis par tant de beauté et dégoutés par la cruauté (selon eux) de mon acte. Mais ils semblaient finalement contents d’avoir enfin attrapés la « Veuve Noire », cette tueuse en série qui se disait artiste. Je remarquais cependant qu’ils respectèrent ma volonté de faire prendre mon œuvre d’art en photo à l’endroit demandé, et de l’envoyer à Vice. J’avais d’ailleurs déjà observé une de mes réalisations dans cette galerie d’art deux ans auparavant, dans une exposition sur la mort, que j’avais par ailleurs trouvé très bonne, avec des artistes de qualité, même si aucun n’égalait mes performances. Il faudra qu’un jour j’aille donner l’idée à une galerie de faire une rétrospection complète de ma collection, de mon œuvre, même si elle comporte plus de 100 performances…]
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